Figurer au programme de l'AgrÈgation est une sorte de consÈcration
pour l'Ècrivain contemporain; pour celui des siËcles prÈcÈdents,
c'est parfois un rappel - peut-Ítre au sens thÈ‚tral du terme
- fort significatif. En cela, le programme de l'AgrÈgation perpÈtue
et/ou modifie la vision franÁaise du canon de la littÈrature
de langue anglaise. Matthew Arnold bÈnÈficia derniËrement d'un
tel rappel, non pour une poÈsie qui n'est plus vraiment au go˚t
du jour, mais pour son essai Culture and Anarchy (1869).
Je voudrais explorer ici le sens de ce rappel, prÈcisÈment puisque
l'idÈe du canon1 est au coeur
de l'ouvrage d'Arnold: le canon est une norme, et Culture and
Anarchy peut se concevoir comme une dÈfense acharnÈe des normes
en gÈnÈral. Je vais m'intÈresser davantage ‡ la notion
de canon qu'au canon proposÈ ici et l‡ par Arnold lui-mÍme: Lionel
Trilling - parmi bien d'autres critiques et biographes - montre
que Matthew Arnold n'avait pas un go˚t trËs s˚r, surtout dans
sa f‚cheuse tendance ‡ classifier les poËtes par ordre de mÈrite.2
Mon propos n'est donc pas de cerner les dÈtails de la pensÈe d'Arnold
mais de mieux comprendre un concept de plus en plus polÈmique.
Cependant mon point de dÈpart est bien fourni par les textes arnoldiens,
qui comportent, comme l'a soulignÈ Stefan Collini, un paradoxe
essentiel: "the conflict between flexibility and authoritativeness"(Collini,
p.59).
Je viens d'utiliser le terme "polÈmique": il me semble Èvident
que le renouveau d'intÈrÍt pour Arnold vient justement d'un ensemble
de dÈbats actuels. Car, ‡ un siËcle de distance, les Ècrits socio-politiques
d'Arnold sont perÁus comme les lointains prÈcurseurs d'un domaine
qui nous prÈoccupe aujourd'hui - les Cultural Studies.
Et ces mÍmes Ècrits sont vus soit comme des armes dans un combat
conservateur, soit comme l'essence mÍme du conservatisme qu'il
faut combattre. Pour constater l'ampleur du phÈnomËne, on peut
noter, en premier lieu, la rÈÈdition de Culture and Anarchy
et d'autres textes, en 1993, rÈunis par Collini dans le cadre
des illustres Cambridge Texts in the History of Political Thought.
C'est dire que ce texte semble crucial dans l'Angleterre multiculturelle
des annÈes quatre-vingt-dix. Mais le phÈnomËne n'est pas spÈcifiquement
europÈen car il faut aussi remarquer la rÈÈdition amÈricaine de
Culture and Anarchy, en 1994, par Samuel Lipman, dans une
collection ‡ Yale University Press intitulÈ "Rethinking the
Western Tradition." Adversaire ou alliÈ, Matthew Arnold semble
Ítre un passage obligÈ pour ceux qui voudraient "repenser" la
culture. L'intÈrÍt que l'on porte ‡ Arnold est intimement reliÈ
‡ l'urgence d'un dÈbat socio-esthÈtique, un dÈbat sur le rÙle
de l'art dans la sociÈtÈ, et sur le genre de sociÈtÈ qui en rÈsulte.
Au centre de ce dÈbat, me semble-t-il, nous trouvons un ensemble
de questions qui mÍlent jugement esthÈtique et programme moral:
Peut-on dÈlimiter un corpus d'oeuvres essentielles? A-t-on le
droit de les imposer sur l'ensemble de la sociÈtÈ? Ou, au contraire,
doit-on se mÈfier des normes et des canons,qui ne sont autres
que des instruments de rÈpression d'une classe dominante?
On ne va certes pas invoquer Matthew Arnold pour rÈpondre oui
‡ la derniËre question. Pour celui-ci, le doute ne semble pas
permis, et le devoir de rÈpandre la juste raison est Èvident.
Je voudrais examiner un passage relativement mineur de Culture
and Anarchy qui a le mÈrite de rÈsumer allÈgrement cette certitude:
...the Saturday Review, may, on matters of literature and
taste, be fairly enough regarded, relatively to the mass of newspapers
which treat these matters, as a kind of organ of reason. But I
remember once conversing with a company of Nonconformist admirers
of some lecturer who had let off a great firework, which the Saturday
Review said was all noise and false lights, and feeling my
way as tenderly as I could about the effect of this unfavourable
judgment upon those with whom I was conversing. "Oh," said one
who was their spokesman, with the most tranquil air of conviction,
"it is true that the Saturday Review abuses the lecture,
but the British Banner" (I am not quite sure it was the
British Banner, but it was some newspaper of that stamp)
"says that the Saturday Review is quite wrong." The speaker
had evidently no notion that there was a scale of value for judgments
on these topics, and that the judgments of the Saturday Review
ranked high on this scale, and those of the British Banner
low... (pp.111-12)
"A
scale of value for judgements " - il va de soi pour Matthew Arnold
que cette Èchelle immuable existe, qu'il suffit de raisonner un
peu, de laisser "libre cours ‡ son esprit"3
afin de percevoir le beau et le juste. Arnold postule donc l'existence
de fondements universels, qui sont, ou qui devraient Ítre, perceptibles
‡ toute personne douÈe de raison. De nos jours cela ne semble
pas du tout Èvident; bon nombre de penseurs rejettent ce "fondationalisme"
et ne voient dans cette sorte de proclamation que l'effet de l'hÈgÈmonie
illÈgitime d'une classe dominante de "prÍtres"4
- critiques et universitaires - hÈgÈmonie qui Ètouffe toute diversitÈ
et tout pluralisme subversifs.
Il faut tout de mÍme dire qu'il y a un grand nombre de contradictions
internes dans la position d'Arnold. On se rappelle que Culture
and Anarchy fut composÈ environ dix ans aprËs On Liberty
de John Stuart Mill, en guise de rÈponse indirecte ‡ celui-ci.
Or, un des arguments majeurs d'Arnold est que la libertÈ pure,
ou plutÙt l'individualisme effrÈnÈ qui en rÈsulte, est fonciËrement
nÈfaste. Tous les passages sur le penchant anglais pour l'egocentrisme
- ce "Doing As One Likes" (pour reprendre un des leitmotive et
le titre du deuxiËme chapitre de Culture and Anarchy) -
servent finalement ‡ saper la valeur du jugement individuel et
de l'introspection. Mais comment peut-il donc justifier ses propres
intuitions? Comment maintenir, aussi catÈgoriquement, que le British
Banner ne vaut pas le Saturday Review, sans invoquer cette conscience
personnelle comme preuve solide? Arnold fait de l'introspection
un critËre infaillible dans un passage cÈlËbre:
...does any one, if he simply and naturally reads his consciousness,
discover that he has any rights at all? For my part, the deeper
I go in my own consciousness..., the more it seems to tell me
that I have no rights at all, only duties... (p.161)
Mais comment invoquer la conscience, si l'individualisme est banni,
si l'introspection est source de confusion, de partialitÈ et d'erreur?
On a l'impression qu'Arnold effleure cette idÈe - une idÈe qui
est beaucoup plus gÍnante pour lui qu'il ne le pense - lorsqu'il
cite Bishop Wilson ‡ la fin de ce deuxiËme chapitre: "take care
that your light be not darkness"(p.100). Justement, comment savoir?
Comment Ítre certain de ne pas confondre lumiËre et tÈnËbres?
On ne peut donc pas se fier ‡ l'introspection, et pourtant Arnold
semble s'y fier assez souvent.
Cette contradiction entre deux visions de l'individualisme - comme
force ou comme faiblesse - caractÈrise tout le passage d'o˘ est
tirÈ cet extrait sur le British Banner. Il y est question
de ceux qu'Arnold appelle les "aliens" - c'est-‡-dire les Ítres
qui parviennent ‡ dÈpasser les limites et les aveuglements de
leur classe personnelle pour devenir des citoyens meilleurs animÈs
par un "general humane spirit"(p.110). Arnold prÈtend par
moments que cet humanisme est potentiellement prÈsent en tout
un chacun, derriËre l'instinct de classe. Mais il prÈtend Ègalement
que l'erreur, la superficialitÈ, et le mauvais go˚t sont tout
aussi omniprÈsents: "by all means we are encouraged to keep our
natural taste for the bathos unimpaired"(p.111). Si ce mauvais
go˚t est si naturel, comment parvient-on ‡ le dÈpasser? Comment
pourrait-on devenir un bon "alien", comment de tels individus
pourraient-ils exister, si (d'une part) l'instinct de classe fait
obstacle au dÈpassement et si (d'autre part) l'individualisme
est tellement dangereux? En somme, ce que Matthew Arnold donne
‡ l'introspection et ‡ l'individualisme d'une main, il le retire
de l'autre. Tant qu'il n'a pas postulÈ plus explicitement, comme
Hutcheson ou Kant, l'existence d'une quelconque facultÈ esthÈtique
intuitive et universelle, l'axiologie arnoldienne est totalement
arbitraire et sans fondements. Et, pour revenir au dÈbat, c'est
exactement ce que certains disent du canon.
Pour nous, la question du canon est avant tout une question essentiellement
pÈdagogique: que faut-il enseigner? Mais le choix d'un canon est
aussi, en derniËre analyse, le choix d'une sociÈtÈ. Pour Arnold
Ègalement, la question essentielle Ètait celle de l'Èducation:
selon lui, seule l'Èducation peut effacer les divisions de classe
et les prÈjugÈs corporatistes - mais elle peut le faire uniquement
lorsqu'elle se base sur la "right reason". C'est l‡ o˘
Arnold arriverait ‡ sortir, selon certains, de l'impasse indiquÈe
plus haut. Car on peut estimer que l'Èducation comporte une dimension
collective que les passages traitÈs ne soulignaient pas suffisamment.
Cette dimension collective, cette interaction, fournirait la base
du dÈpassement de soi nÈcessaire ‡ la cohÈsion sociale. Cette
dialectique entre l'individualisme et le social n'est jamais suffisament
explicitÈe dans l'oeuvre d'Arnold. Mais elle dÈpend en fin de
compte de la vision non-relativiste qui est au coeur de la pensÈe
arnoldienne: si Arnold n'est pas totalement pessimiste, c'est
qu'il croit ‡ l'existence d'une raison universelle qui finira
par vaincre. Faut-il que nous soyons aussi certains (ou plutÙt
suffisants...?) que lui pour dÈfendre l'idÈe d'un canon,
pour dire que Shakespeare mÈrite d'Ítre ‡ l'AgrÈgation, alors
que John Grisham n'y a pas sa place? Faut-il rÈsoudre le dÈbat
sur le relativisme avant de se prononcer sur celui du canon?
Avant de poursuivre, j'aimerais dÈlimiter quatre positions possibles
vis-‡-vis de la question du canon:
- Aucun
canon n'est justifiÈ: il s'agit toujours d'un choix arbritraire
nÈfaste; le canon est toujours le rÈsultat d'une Èpreuve de
force entre les diverses catÈgories de la population.
- Le
concept d'un canon est justifiÈ, mais celui-ci est
toujours en Èvolution, de sorte que les oeuvres qui y figurent
‡ des moments diffÈrents de l'histoire peuvent ne pas du tout
se recouper (par exemple: dans un premier temps, les oeuvres
A,B,C,D; ensuite C,D,E,F; ensuite E,F,G,H... ‡ la troisiËme
Èpoque, le canon n'inclut rien qui en faisait partie ‡ ses dÈbuts).
- Le
canon (tel qu'il est) est justifiÈ dans sa totalitÈ: il
est fondÈ sur des critËres indÈniables: on peut donc prendre
une liste comme celle de Harold Bloom5
et l'imposer.
- Il
existe ‡ la fois un canon immuable mais aussi des oeuvres en
pÈriphÈrie qui peuvent effectivement disparaÓtre. Mais ce
coeur du canon est bel et bien indispensable ‡ l'essor de la
littÈrature
Pour simplifier un peu, l'option 1 est de plus en plus la consÈquence
des positions avancÈes par les tenants de quelques Ècoles critiques
contestataires qui, en montrant les lacunes et les non-dits du
canon officiel, remettent en cause toute prÈtention universaliste.
Or, si le canon n'a aucune universalitÈ, il n'a pas de raison
d'exister. Ensuite, on trouve des passages qui se rapprochent
de l'option 2 chez les auteurs qui adoptent une vision plus diachronique
de la littÈrature, tels que Bakhtine ou Jean-Marie Schaeffer.
L‡, on ne s'efforce pas vraiment de se prononcer pour ou contre
le canon, mais cette vision historique a tout de mÍme tendance
‡ remettre en cause sa validitÈ en soulignant la grande variabilitÈ
des genres. La troisiËme option correspond ‡ une orthodoxie de
moins en moins rÈpandue, et ce que je propose en quatriËme option
peut sembler Ítre un compromis illogique entre le 2 et le 3.
Il va sans dire que les conceptions du rÙle de la critique et
de la nature du canon s'entre-dÈterminent. Ou, tout au moins,
cela devrait Ítre le cas. Selon Terry Eagleton, les vÈritables
objectifs d'Arnold, dans Culture and Anarchy comme ailleurs,
sont rÈpressifs. Sa dÈfense de la culture est surtout nÈgative:
"its major aim is to incorporate an unruly proletariat"(p.62).
Mais en mÍme temps, selon, Eagleton, Arnold semble prÍcher pour
une critique totalement neutre et apolitique:
Arnold himself desires a criticism so supremely objective and
non-partisan that it will transcend all particular social classes,
seeing the object as it really is. For this purpose, criticism
must steadfastly refuse to enter upon the realm of social practice...
The politicization of criticism in the sectarian polemics of the
journals is an obstacle to the free play of the mind; criticism,
accordingly, must withdraw... but the more capaciously universal
its discourse thus becomes ('perfection', 'sweetness and light',
'the best that has been thought and said',), the more it will
lapse into utter vacuousness. Criticism, or Culture, will be able
to address itself to every sector of social experience only by
a kenosis so complete that it loses all definitive identity and
thus addresses each sector with absolutely nothing to say. (pp.60-61)
Le rÈsultat, selon Eagleton, est que cette dÈfense de la culture
devient totalement vide: "Culture, like God or the oriental neti
neti (not this, not that), is at once everywhere and nowhere..."(p61).
Or, mÍme celui qui ne partage pas l'engagement politique d'Eagleton
est forcÈ de reconnaÓtre cette autre contradiction dans la position
arnoldienne: il semble illogique d'insister sur l'existence de
normes strictes, d'une hiÈrarchie des oeuvres, d'un rÙle socio-moral
pour la littÈrature elle-mÍme, tout en niant un tel rÙle pour
la critique.6 DÈfendre l'existence
d'un canon revient ‡ renoncer ‡ une stricte neutralitÈ politique,
car le canon ne peut guËre se dÈfendre sans invoquer les valeurs
vÈhiculÈes par les oeuvres qui y appartiennent. Ici on pourrait
s'arrÍter un instant pour revenir ‡ un dÈbat assez cÈlËbre, du
dÈbut de notre siËcle, entre deux disciples indirects de Matthew
Arnold. Dans les annÈes vingt et trente, I.A. Richards et T.S.
Eliot ont soutenu des positions diamÈtralement opposÈes dans ce
que l'on appelle "la question des croyances" - the problem
of belief. BriËvement, selon Richards, les croyances et les
convictions exprimÈes par une oeuvre ne rentraient pas vraiment
en compte lors de la lecture; le lecteur pouvait faire abstraction
de doctrines ou d'idÈologies qui ne lui convenaient pas afin d'apprÈcier
le texte comme une expÈrience imaginative. Selon Eliot, en revanche,
on ne peut faire totalement abstraction de l'idÈologie, car dans
bien des cas elle fait obstacle ‡ l'apprÈciation:
When the doctrine, theory, belief... presented in a poem is one
which the mind of the reader can accept as coherent, mature, and
founded on the facts of experience, it interposes no obstacle
to the reader's enjoyment... When it is one which the reader rejects
as childish or feeble, it may, for a reader with a well-developed
mind, set up an almost complete check. (p.86)
Or, si l'on tient au canon, c'est que l'on tient au moins ‡ la
richesse et ‡ la cohÈrence (sinon ‡ la vÈritÈ absolue) des idÈes
et des valeurs qui s'y trouvent. ‡ moins de soutenir que le canon
existe selon des critËres purement formels, le dÈfenseur du canon
doit se ranger forcÈment du cÙtÈ d'Eliot dans le dÈbat sur la
question de la croyance. La position de Richards n'est cohÈrente
que pour celui qui nie l'existence d'un vÈritable canon, car il
serait absurde de prÈtendre que certaines oeuvres sont intrinsËquement
meilleures que d'autres, tout en rÈduisant au nÈant le rÙle des
idÈes dans cette Èvaluation.7
Un des critiques contemporains le plus hostile aux thÈories de
Richards fut Gerald Graff, notamment dans Poetic Statement
and Critical Dogma (1970) - un ouvrage qui s'attaquait au
dogme critique de l'Èpoque afin d'attribuer un vÈritable rÙle
socio-moral ‡ la poÈsie, alors que Richards semblait la rÈduire
‡ la "pseudo-statement". Au dÈbut des annÈes 80, Graff Ètait surtout
cÈlËbre pour Literature Against Itself (1979), une Ètude
assez nÈgative des innovations littÈraires rÈcentes Ècrite surtout
contre le structuralisme et le post-structuralisme. Il
faut dire qu'aux …tats-Unis, le post-structuralisme et l'anti-post-structuralisme
viscÈral sont nÈs presque simultanÈment. 8
Comme Graff le dit lui-mÍme dans un article rÈcent, Literature
Against Itself Ètait un "culture-and-anarchy book"(p.186)
- un de plus dans une longue liste d'ouvrages qui semblent paraÓtre
chaque dÈcennie sous la plume de nouveaux auteurs alarmÈs par
les mÈfaits du monde moderne. Mais Graff est un cas atypique:
prÈalablement chantre de la tradition, il devient, avec l'‚ge,
un dÈfenseur du pluralisme innovateur. L'article en question est
paru justement dans l'Èdition Lipman de Culture and Anarchy,
et, au lieu d'admirer Arnold comme co-dÈfenseur de la culture,
Graff va dÈnoncer ses limites et ses apories. Mais il commence
par un mea culpa, avouant qu'il s'Ètait trompÈ dans son rejet
des thÈories post-modernes et analysant ainsi son revirement personnel
au cours des annÈes 80:
I like to think it had to do with an honest discovery that I had
been wrong about what current literary theorists are saying and
thus about what their implications might be. But mostly it was
that I came to the conclusion that the culture-and-anarchy argument
is a dead end. (p.187).
Il faut savoir que ce genre d'argumentation contre l'anarchie
est devenu surtout l'apanage des conservateurs. Notons que William
Bennett, un futur Secretary of Education sous Reagan, s'est
servi d'Arnold comme modËle pour la sauvegarde de l'enseignement
supÈrieur amÈricain. 9
Comme Arnold ‡ l'Èpoque victorienne, les conservateurs amÈricains
actuels voient dans cette fin de siËcle une crise d'irrationalitÈ.
Champions de la vraie culture, ils s'Èrigent en dÈfenseurs de
la raison. Mais comme Arnold avant eux, ils sont (selon Graff)
au fond hostiles ‡ la rationalitÈ car celle-ci ne mËne pas au
genre de culture homogËne et statique qu'ils souhaitent Ètablir.
En somme, les conservateurs comme Arnold confondraient la dÈfense
des traditions avec la dÈfense de la raison. Mais, pour Graff,
ceux qui s'attaquent aux traditions ne sont pas pour autant des
Ítres irrationnels: "An attack on traditional forms of universality,
however, is not necessarily an attack on reason. On the contrary,
it may be an exercise of reason."(p.187).
Ce serait plutÙt Arnold lui-mÍme qui serait anti-rationnel. Un
des arguments qu'utilise Graff pour dire qu'Arnold ne dÈfend pas
vraiment la raison est qu'il en parle en termes bien trop vagues:
"Arnold's idea of defending reason in Culture and Anarchy
amounts to repeating catchphrases like 'reason and the will of
God' with such mind-numbing frequency that we overlook the fact
that Arnold never precisely defines these terms..." (p.189). Soit.
Mais qui dÈfinit ces termes, de faÁon prÈcise? Ce n'est pas Kant
qui nous dira que cette dÈfinition est une bagatelle... Et justement,
pour parler de Kant, Graff reproche ‡ Arnold l'indigence de sa
conception de la pensÈe philosophique: "Reason for Arnold has
little to do with the kind of searching philosophical reflection
we associate with thinkers such as Aristotle, Aquinas, Descartes,
Kant, and Hegel"(p.189). Peut-on bl‚mer Arnold parce qu'il n'est
pas un philosophe de leur accabit? Et doit-on oublier combien
sa propre vie fut remplie de rÈflexion et d'hÈsitation? Faut-il
nÈgliger son engouement pour un philosophe comme Spinoza? Sa rÈhabilitation
d'un penseur marginal devrait suffire pour prouver son grand intÈrÍt
pour "searching philosophical reflection." C'est aussi la marque
de son propre anticonformisme.
Selon Graff, en revanche, le non-conformisme n'a pas sa place
dans le systËme arnoldien:
...reason in the cultural history of the West has often been associated
with the subversion rather than the support of ethical and social
certainties. Matthew Arnold understood this very well... There
is something odd about Arnold's status as a hero of reason, just
as there is something odd about the coupling of reason with common
culture by Arnold and those who today echo his analysis. The coupling
ignores the divisive role that reason has often played in culture,
a role that Arnold vividly recognizes and profoundly fears. On
close inspection Arnold's defense of reason turns out to be at
best qualified and ambivalent. (p.188)
Arnold ne dÈfend pas vraiment la raison car celle-ci ‡ tendance
"‡ fomenter le genre de nonconformisme, de sectarisme, et de controverse
qu'Arnold dÈteste"(p.188). Et Graff conclut:
Insofar as reason implies the extension of the boundaries of consciousness
as far as they can reach, Arnold is eager to curtail it. He inherits
the romantic fear that increasing self-consciousness means the
decline of cultural health, yet missing from his constitution
is any of the romantic compulsion to stretch the limits of self-consciousness
regardless of the consequence. (p.189)
La dÈfinition du romantisme est peut-Ítre discutable - mais passons.
L'idÈal de Graff, la raison selon lui, c'est le questionnement
permanent:
This democratic condition of perpetual conflict, contestation,
and negotiation, however, in which there is no authority that
cannot be challenged and the terms of cultural commonality are
always in the making, is precisely what Arnold meant by anarchy.
(p.192)
A mon avis, ce serait assez facile de montrer qu'Arnold ne croit
pas ‡ l'existence d'une autoritÈ fixe et immuable que l'on ne
pourra jamais questionner; ce serait assez facile d'insister sur
sa notion de "free play of the mind" ("Function of Criticism,"
p.35). On pourrait Ègalement se demander si nous sommes vraiment
obligÈs de dÈfinir la dÈmocratie en termes de conflits perpÈtuels.
Quoi qu'il en soit, voici la conclusion de Graff sur l'hypocrisie
des arguments d'inspiration arnoldienne:
The ultimate liability of all these defenses of common culture
is that they do nothing to help create a common culture. Calling
other people "sectarian" or "divisive" and blaming them for joining
"advocacy groups" is not only hypocritical - for such name-calling
is itself sectarian, divisive, and the gesture of an advocacy
group - it is an ineffective way to persuade your opponents that
they might after all share some common ground with you. (p.200).
Sans nier la pertinence de cette analyse en ce qui concerne la
virulence des dÈbats actuels, tout ceci me semble quelque peu
injuste vis-‡-vis de Matthew Arnold. Arnold ne cherchait pas vraiment
‡ effacer toutes les diffÈrences qui existaient dans sa sociÈtÈ;
il espÈrait seulement en rÈduire les Ècarts, et calmer les hostilitÈs.
Pour prendre un exemple, il ne souhaitait pas la disparition totale
des Nonconformistes - il voulait seulement que leurs idÈes puissent
Ítre exprimÈs ‡ l'intÈrieur d'une Èglise unifiÈe. 10
Au lieu de voir le projet arnoldien comme une rÈpression, on pourrait
aussi le concevoir comme un effort d'harmonisation, comme le dÈsir
des retrouvailles. C'est ce qui ressort d'un extrait de "To Marguerite
- Continued" (1853; PoËme 5 de Switzerland) Il est question,
dans ce passage, de la solitude des Óles (image typiquement arnoldienne);
ici les Óles sont personnifiÈes et elles songent ‡ leur Ètat:
Oh! then a longing like despair
Is to their farthest caverns sent;
For surely once, they feel, we were
Parts of a single continent!
Now round us spreads the watery plain -
Oh might our marges meet again! (Poems, p.64)
L'essence du projet arnoldien n'est pas de gommer les diffÈrences
mais de nous rÈunir: to make our marges meet again. Faut-il
vraiment croire, avec Graff, que toute harmonisation de la culture
est une standardisation rÈpressive? Faut-il vraiment concevoir
le dÈbat dÈmocratique comme un agon perpetuel ("perpetual
conflict, contestation, and negotiation"). Ne pourrait-on pas
plutÙt concevoir le dÈbat culturel comme une dialectique positive?
Plus prÈcisÈment, ne pourrait-on pas considÈrer l'existence d'un
canon comme le rÈsultat non pas d'une rÈpression des diffÈrences,
mais comme l'inclusion d'une diversitÈ, comme l'Èvolution d'un
corpus central qui rÈunit dans un archipel (sinon un continent)
les Ólots culturels auparavant marginalisÈs?
On trouvera certes le mÈliorisme derriËre cette idÈe quelque peu
naÔve. Il est vrai que cette conception du canon - comme un ensemble
ÈvoluÈ au fil des siËcles pour le bien de l'homme - semble aller
de pair avec une confiance non-relativiste. C'est prÈcisÈment
une telle confiance qui permet ‡ Arnold des jugements aussi dÈfinitifs
que son mÈpris pour le British Banner. Et dans ce sens,
Graff a sans doute raison de voir Arnold comme un homme conservateur.
Il y a, tout au long de Culture and Anarchy, un sentiment
d'urgence inspirÈ par le spectre du relativisme. Prenons, par
exemple, ce qu'Arnold y dit de l'athÈisme - ce qui est thÈoriquement
une position spÈcifiquement religieuse. Sa dÈfinition, pourtant,
montre qu'il le conÁoit d'une faÁon beaucoup plus vaste. L'athÈisme
est basÈ sur la conviction suivante:
...there is no such thing at all as a best self and a right reason...
there is nothing but an infinite number of ideas and works of
our ordinary selves... (p.119)
Arnold a Èvidemment horreur d'une telle idÈe - surtout pour ses
consÈquences dans la vie courante: "If we look at the world outside
us we find a disquieting absence of sure authority"(p.151).
Ici Walter Houghton rejoint un peu les thËses de Graff:
To turn back from Pater to Arnold is to return to the Victorian
world. For Arnold threw his whole weight against relativism. Not,
it is true, with reference to historical or scientific theories,
but to the liberal dogma of individualism and its assertion of
private judgments, which in society as a whole was the major force
that undermined the belief in absolute truths. By 1864 Arnold
was aware of a 'baneful notion that there is no such thing as
a high, correct standard in intellectual matters; that every one
may as well take his own way.' (p.16)
On pourrait donc conclure que Matthew Arnold est un non-relativiste
convaincu et inflexible.
Il faut toutefois relire les textes pour s'apercevoir qu'Arnold
fait preuve de beaucoup d'hÈsitation ‡ ce sujet. Prenons la citation
suivante de "The Function of Criticism": "what is law in one place
is not law in another; what is law here to-day is not even law
here tomorrow... But the prescriptions of reason are absolutely
unchanging, of universal validity..."(p.32). Il faudrait, certes,
bien cerner toutes les ramifications de cette distinction entre
la loi et la raison; il faudrait surtout dÈcider de quel cÙtÈ
Arnold place les crÈations humaines, et notamment les oeuvres
littÈraires. Mais on constate tout de mÍme que son absolutisme
n'est pas totalement sans faille. Dans Culture and Anarchy
et les autres Ècrits, bon nombre de passages font preuve d'un
relativisme historique explicite. Il parle souvent de "changing
circumstances"(p.147), signale que les besoins de l'homme Èvoluent
("Our present organisation has been an appointed stage in our
growth; it has been of good use, and has enabled us to do great
things. But the use is at an end, and the stage is over"- "Equality,"
p.237) et conclut que: "the world is not all of one piece, and
every piece with the same needs at the same time..."(p.141). L'humanitÈ
elle-mÍme est "composite"(p.139) et donc la culture est variable
et diversifiÈe: "There is no unum necessarium, or one thing
needful..." (p.142). Ces quelques remarques suffiraient ‡ prouver
que Matthew Arnold ne correspond pas ‡ la caricature nÈgative
de Graff. Et, pourtant, comment un penseur qui prÈtend qu'il n'y
a pas d'unum necessarium a-t-il pu affirmer, quelques pages
auparavant, que le Saturday Review Ètait l'organe de la raison,
et donc une chose nÈcessaire sinon parfaite? Comment dÈfendre
le canon ou un canon tout en soulignant la totale contingence
des choix?
Je ne prÈtendrai pas sortir Arnold de son impasse; j'espËre uniquement
ne pas m'y fourvoyer moi-mÍme. L'impasse d'Arnold est peut-Ítre
celle de son Èpoque, une Èpoque de transition entre les certitudes
du passÈ et le doute engendrÈ par la nouvelle vision scientifique.
C'est pour cela qu'Arnold proposait, comme Richards quelque cinquante
ans plus tard, la poÈsie comme remplacement de la religion: "The
future of poetry is immense, because in poetry, where it is worthy
of its high destinies, our race, as time goes on, will find an
ever surer and surer stay." (from "The Study of Poetry," Èdition
Super, ix., p.161). Or, pour croire ‡ ce salut par la poÈsie,
il faut croire ‡ la valeur du canon. Ici, une fois de plus, Arnold
reÁoit des critiques - peut-Ítre injustes - de tous bords. Voici
un commentaire rÈcent de James Seaton: "Arnold... seems not to
have anticipated that the enfeebling of religion would diminish
the very art which he expected to flourish in its place"(p.266).
Selon T.S. Eliot dÈj‡, Arnold ne comprenait pas que la religion
Ètait le ciment nÈcessaire ‡ toute sociÈtÈ. 11
Nous vivons dans une Èpoque plus consciente du relativisme, et
plus prudente vis-‡-vis des systËmes de valeurs. Mais pour dÈfendre
l'idÈe d'un canon, on n'a pas besoin de toute une ÈpistÈmologie
qui prouverait que les relativistes ont tort. Je vais donc tenter
de rÈpondre ‡ la question initiale sans trancher sur le relativisme.
La dÈfense du canon - ou d'un canon - prendra la forme d'une dÈcision
pragmatique. En somme, le principe d'un canon est un peu comme
le principe d'une grammaire: vue de l'extÈrieur, une grammaire
est contingente et arbitraire, mais elle possËde une cohÈrence
interne. Elle est normative et peut-Ítre dans un sens rÈpressive,
mais en mÍme temps, elle enrichit et autorise la communication.
Donc, ‡ l'intÈrieur d'une seule et mÍme communautÈ (linguistique
ou littÈraire), cette idÈe n'est pas si arbitraire que cela.
On pourrait ainsi Ècarter notre premiËre option - le refus total
de tout canon. Mais comment dÈpasser l'option 2, o˘ le canon est
en Èvolution tellement constante et profonde qu'il n'y a pas lieu
de parler d'un vÈritable corpus d'oeuvres fondatrices, o˘ le canon
n'est rien d'autre qu'un phÈnomËne provisoire de mode? L‡, il
faudrait prendre une autre analogie - comparer le canon ‡ une
grammaire ne prouvera rien. Car les langues Èvoluent, les grammaires
ne sont pas immuables, et dans cette Èvolution il y a du hasard
et de l'imprÈvu - il y a le "reste" (pour emprunter le terme de
Jean-Jacques Lecercle). Pour dÈfendre l'idÈe d'un canon, il faudrait
donner une raison ‡ son histoire. Les langues - et les
mots - ont leur histoire, mais elle est bien trop alÈatoire. AprËs
tout, l'Ètymologie joue un rÙle minime dans l'expression quotidienne
de la majoritÈ des locuteurs ou mÍme des Ècrivains; nous employons
nos termes sans trop nous soucier de leur passÈ. Mais l'histoire
littÈraire fonctionne autrement; la crÈation littÈraire elle-mÍme
a toujours ÈtÈ un acte intentionnel. La littÈrature a toujours
ÈtÈ consciente de son "Ítre" comme l'est une personne de son passÈ
- de sa jeunesse, de ses joies et de ses traumatismes. Pour se
servir, donc, d'une autre analogie, le canon serait justement
le "vÈcu" de la littÈrature, ce bagage psychique (conscient et
inconscient) dont on ne peut faire abstraction. Il n'est pas possible
de se dÈbarrasser de son passÈ, et si le psychiatre aide parfois
le sujet ‡ trouver un nouvel Èquilibre, il n'efface pas pour autant
les composantes de sa psychÈ.
Certes, le canon ne doit pas Ítre une arme d'exclusion, surtout
pour les universitaires. Il ne s'agit pas de limiter la recherche
aux oeuvres les plus connues, puisque le chercheur peut bÈnÈficier
ÈnormÈment de l'analyse d'ouvrages mineurs. Mais les besoins des
chercheurs ne sont forcÈment ceux de la sociÈtÈ. Le choix d'un
canon est effectivement un choix lourd de consÈquences socio-politiques;
c'est peut-Ítre un choix motivÈ par des considÈrations subjectives,
par des intÈrÍts, par une partialitÈ inÈvitable. Mais ce n'est
pas une raison pour abjurer ce choix. Il ne s'agit pas du tout
de dÈfendre une littÈrature des "dead white males" ‡ l'exclusion
des littÈratures minoritaires - il s'agit de dÈfendre l'idÈe d'une
communautÈ, d'une tradition, qui peut profiter ‡ tout le monde,
un langage commun que mÍme les minoritÈs peuvent manier ‡ leurs
fins. MÍme l'Ècrivain qui n'est ni mort, ni blanc, ni masculin
- mÍme l'Ècrivain minoritaire - n'est pas fonciËrement
un Ècrivain Ètranger. Je veux dire par l‡ que, de prËs ou de loin,
le canon l'a nourri, et, il peut lui-mÍme le nourrir. C'est dans
l'expression de cet espoir que j'ose croire que ces pages sont
arnoldiennes. Pour revenir ‡ ce que j'ai nommÈ l'option quatre,
concept hybride o˘ le canon comporte ‡ la fois un corpus central
relativement fixe et une pÈriphÈrie Èvolutive, ne pourrait-on
pas concevoir la scËne littÈraire non pas comme le lieu d'un combat,
mais comme celui d'un Èchange?
Mais supposons que Graff ait raison. Supposons que la sociÈtÈ
soit bel et bien un champ de bataille permanent. Dans ce cas l‡,
pourquoi ne pas batailler pour imposer ses valeurs, son canon?
Ou bien tout est pure subjectivitÈ, la sociÈtÈ est une Èternelle
lutte des classes, la critique est un combat des intÈrÍts - mais
dans ce cas les traditionnalistes auraient tort de ne pas dÈfendre
les leurs puisque, justement, la partialitÈ est inÈvitable. Ou
bien il y a effectivement des fondements "absolus" ou "universels"
aux jugements de valeur littÈraires, et dans ce cas, le canon
n'est pas un pur hasard mais une sÈlection naturelle de nos meilleures
oeuvres. Et si Graff a tort, si la sociÈtÈ peut Ítre autre chose
qu'une lutte Èternelle, si le dÈbat culturel est donc davantage
une "conversation Èdifiante" ‡ la Richard Rorty, ne devrait-on
pas conserver les valeurs, et les oeuvres, qui ont dÈbutÈ la conversation?
Ainsi dans tous les cas, il faut dÈfendre - il faut enseigner
- ce canon littÈraire qui nous a forgÈs:
And words it is, not poets, make up poems.
Our words, we say, but we are theirs too
For words made man and may unmake again.
(I.A. Richards, "The Ruins," New and Selected Poems, p25).
Cependant, il faut l'enseigner non pas dans un esprit de vengeance
ou de domination, mais dans un esprit d'ouverture qui vise ‡ rÈduire
les distances entre le centre et la pÈriphÈrie - Oh might our
marges meet again!
Ronald
Shusterman
Notes
1 Evidemment, il y a un autre
sens au terme canon qui vise d'avantage l'authenticitÈ d'un texte
que sa valeur - encore que les deux sens soient reliÈs.Henri Suhamy
vient d'ailleurs d'Ítre consultÈ ‡ ce propos: si "A Funerall Elegye"
ne mÈrite pas de figurer dans le canon shakespearien, c'est justement
‡ cause de sa faible valeur. Voir le Monde, 19 juin 1996,
p.27.
2Voir Trilling, p.275. Le dÈtail
des ouvrages citÈs sera donnÈ dans la bibliographie. Toutes les
rÈfÈrences ultÈrieures seront donnÈes dans le texte.
3Voir "The Function of Criticism,"
p.35: "the free play of the mind upon all subjects [is] a pleasure
in itself..." et passim.
4Voir Richard M. Shusterman:
"... art can generate divisiveness when its appreciation becomes
too far removed from the common sphere of experience and is instead
posited in the hands of an institutionalized priestly class of
professional appreciators" (Pragmatist Aesthetics, p.105).
5Voir Harold Bloom, The Western
Canon, New York: Harcourt Brace, 1994.
6Selon Eagleton, Arnold et les
autres adeptes d'une critique neutraliste ont eu gain de cause
lors de l'entrÈe de la critique ‡ l'universitÈ - un milieu qui
se voulait apolitique: "Criticism achieved security by committing
political suicide..."(p.65)
7L'Ètude des rapports entre
les idÈes, les questions de vÈritÈ et l'Èvaluation dÈpassent le
cadre de cet article. Le lecteur est invitÈ ‡ consulter, pour
un examen exhaustif de ces points, un ouvrage rÈcent, LAMARQUE,
Peter and OLSEN, Stein Haugom, Truth, Fiction, and Literature,
Oxford: Clarendon P., 1994. J'ai moi-mÍme explorÈ ce problËme
derniËrement dans "Fiction, connaissance, ÈpistÈmologie," PoÈtique
104, Nov. 1995, 503-18.
8L'anti-post-structuralisme
est un sport en vogue actuellement. Je viens de lire le commentaire
suivant: "I can imagine a day when scholars will shake their heads
in amazement that the mental exhaust emitted by a few primarily
Gallic savants engulfed and stupified a whole generation of academics
in its hypnotic miasma."(Dissanayake, p.238).
9Voir Cowling, p.202.
10"...if culture is the disinterested
endeavour after man's perfection, will it not make us wish to...bring
Nonconformists into contact again... with the main stream of national
life? Why should not a Presbyterian Church... be established,
with equal ranks for its chiefs with the chiefs of the Episcopacy...?
[...] separation would cease to be the law of their religious
order"(Culture and Anarchy, p.205).
11"The facile assumption of
a relationship between culture and religion is perhaps the most
fundamental weakness of Arnold's Culture and Anarchy. Arnold
gives the impression that Culture... is something more comprehensive
than religion; that the latter is no more than a necessary element,
supplying ethical formation and some emotional colour, to Culture
which is the ultimate value" ("Notes Towards a Definition of Culture,"
in Selected Prose, p.295). Il
est permis de nier que l'effacement de la religion ait produit
un affaiblissement de l'art au vingtiËme siËcle...