POSTCOLONIALISME ET COMPARATISME
Jean-Marc
MOURA
Université de LIlle
Résumé
Jean-Marc Moura, Post-colonial Studies and Comparatism
Our book Littératures francophones et théorie postcoloniale (Francophone Literatures and Post-colonial Theory, 1999, 2007) is one of the first studies on the subject from a post-colonial (i.e. anglophone) perspective. From this starting point, the present article looks at the connections of post-colonial studies with French comparative literature. We do not consider post-colonial studies as a theoretical model, but methodically examine them to evaluate their conceptual validity within comparative studies. We try to bring English-language theory into dialogue with French comparatism, in order to elaborate new models of research adapted to our contemporary hybrid literary world.
Les études postcoloniales sont un champ de recherches important des études de littérature et de sciences sociales dans les universités de bien des pays du monde. Comme leurs préoccupations rencontrent celles de la littérature générale et comparée telle qu’elle est pratiquée et enseignée en France, je voudrais évoquer ici certains élémentsde cette convergence en présentant d’abord le postcolonialisme avant de dégager les principaux axes de recherches qu’il appelle et ses orientations les plus prometteuses pour les études de littérature générale et comparée.
Les études postcoloniales sont moins développées en France que dans la plupart des pays d'Europe occidentale, pour ne rien dire des Etats-Unis, de l’Inde ou de l'Australie. A quelles conditions pourraient-elles donc entrer dans les préoccupations de l’université française et en quel sens pourraient-elles constituer un apport à nos études littéraires ? Il s’agit en fait de ce que Pierre Bourdieu nommait la « dé-nationalisation » des textes. Si elles perdent en quittant leur contexte d’origine une partie de leur force politique qui y motiva leur irruption, les « théories voyageuses » (Edward Saïd) peuvent aussi gagner à l’arrivée une puissance nouvelle, grâce à des décalages féconds entre champs d’origine et d’accueil. Juste retour des choses, après tout, comme il y a eu une « French theory » aux Etats-Unis [1] , il pourrait y avoir en France une « American theory » modifiant les orientations épistémologiques.
Deux problèmes majeurs se posent pour l’introduction des études postcoloniales en France : l’un est lié à la perception française des études postcoloniales ; le second à l’institutionnalisation des études francophones, principalement (mais non exclusivement) concernées par celles-ci. On peut d’abord noter un soupçon français assez général pour la « theory » américaine, illustré par l’ouvrage d’Antoine Compagnon, Le Démon de la théorie (Seuil, 1998). Celui-ci est souvent lié au monde des « post-. « Postcolonial » serait le nouveau terme venant répondre à l’automatisme culturel contemporain de la nouveauté sur lequel a ironisé Peter Sloterdijk . Si le domaine de la culture est désormais organisé comme un marché des différences:
Le geste qui correspond à cet affairement roulant est celui de la nécrologie. Il est la manifestation dominante d'une culture qui vit entièrement du jeu de la désactualisation actuelle. Pour cette raison le "post" de la postmodernité [ou du postcolonialisme] signifie en premier lieu ce "post" de l'éloge posthume. Aucune autre forme de discours n'est aussi adéquate au principe de la culture de l'escalier roulant que l'éloge posthume et la nécrologie qui, au plein milieu d'un mouvement permanent et d'une obscurité chronique, rappellent le dernier fait certain: le passé n'est pas le présent." [2]
"It has been used as a way of ordering a critique of totalizing forms of Western historicism; as a portmanteau term for a retooled notion of 'class', as a subset of both postmodernism and post-structuralism (and conversely, as the condition from which those two structures of cultural logic and cultural critique themselves are seen to emerge); as the name for a condition of nativist longing in post-independence national groupings; as a cultural marker of non-residency for a Third World intellectual cadre; as the inevitable underside of a fractured and ambivalent discourse of colonialist power; as an oppositional form of 'reading practice'; and -- and this was my first encounter with the term-- as the name for a category of 'literary' activity which sprang from a new and welcome political energy going on within what used to be called 'Commonwealth' literary studies." [4]
Ces hésitations signalent surtout que la démarche postcoloniale,
y compris pour les études anglo-saxonnes, ne correspond pas à
un système clos, fini; elle est en formation et son importation
dans le domaine francophone détermine une série d'inflexions critiques.
Un préalable détermine l'approche, la place centrale de la littérature
: la perspective n'exclut pas les théories socio-politiques vouées
à la critique des nouvelles formes de domination globales et qui
considèrent le postcolonialisme à cette aune
[5]
, mais l'étude littéraire est ici privilégiée,
sans pour autant nous cantonner au "textualisme".
On pourrait donc comparer les études postcoloniales francophones aux "Area Studies" anglo-saxonnes [6] : un ensemble de recherches sur un espace géopolitique et culturel associant diverses sciences humaines (politique, économique, sociale, historique…), mobilisant une compétence régionale interdisciplinaire. Avec la littérature, les travaux sont centrés sur une pratique culturelle en régression certes mais dotée d'un fort capital symbolique dans l'espace francophone. Il s'agit de concilier la dimension culturelle et interdisciplinaire des "Area Studies" avec les exigences de précision dans l'analyse formelle propre à la tradition de nos études littéraires.
Il y a cependant un problème d’applicabilité des critiques postcoloniales anglophones aux lettres francophones (ainsi qu’hispanophones et lusophones), comme l’a relevé A.James Arnold à propos des Caraïbes [7] . Les théories postcoloniales rendent en effet compte de la colonisation britannique de l’Inde, de l’Afrique ou du Proche-Orient. Or, les Français ont pratiqué une politique d’assimilation culturelle des élites coloniales très différente des Britanniques. Par ailleurs, les « anciennes colonies » des Antilles françaises ou du Canada étaient des colonies d’implantation, très différentes du modèle indien britannique ou des colonies françaises en Afrique. L’exemple de la plantation des Antilles, microcosme assez autonome dès le XVIIIe siècle, montre qu’il vaut mieux développer des modèles régionaux que des modèles globaux pour comprendre le fonctionnement de la littérature dans les contextes coloniaux et postcoloniaux. Il y a au moins un travail d’éclaircissement conceptuel à faire. Pour toutes ces raisons, la perception française des études postcoloniales est brouillée et si l’on peut observer un pont entre elles et la France, c’est le travail des chercheurs américains et la récente Society For Postcolonial Studies, en Grande-Bretagne.
Afin de préciser les significations du terme « postcolonialisme », on distingue en général une situation historique –le fait de venir après l’ère coloniale (écrit « post-colonial ») d’un ensemble d’œuvres littéraires ou d’un complexe théorico-critique (orthographié en ce cas « postcolonial »). Ecrites dans une langue héritée de la colonisation, les oeuvres partagent nombre de traits liés à ce fait. On parlera, par exemple, en ce sens de littératures anglophones ou francophones postcoloniales. Celles-ci sont alors étudiées dans leur dimension de résistance, de réfutation et de proposition de contre-discours et de formes déviantes. La critique/théorie postcoloniale, quant à elle, se caractérise par sa pluridisciplinarité, étudiant non seulement la littérature mais interrogeant l’histoire coloniale et ses traces jusque dans le monde contemporain : multiculturalisme, identité, diasporas, relations Centre/Périphérie, nationalismes constituent des objets offerts aux recherches.
« Reading texts produced by writers from countries with a history of colonialism, primarily those texts concerned with the workings and legacy of colonialism in either the past of the present.
Reading texts produced by those that have migrated from countries
with a history of colonialism, or those descended from migrant
families, which deal in the main with diaspora experience
and its many consequences.
In the light
of theories of colonial discourses, re-reading texts produced
during colonialism; both those that directly address the experiences
of Empire, and those that seem not to.”
[8]
[La lecture de textes écrits par des auteurs venant de pays marqués par l’histoire coloniale, principalement les textes concernés par les actions et le legs du colonialisme, dans le passé comme actuellement.
La lecture de textes écrits
par ceux qui ont émigré de pays marqués par l’histoire du
colonialisme, ou les descendants de familles d’immigrants,
qui traitent principalement de l’expérience de la diaspora
et de ses multiples conséquences.
A la lumière des théories concernant les discours coloniaux, la relecture de textes écrits pendant la colonisation ; à la fois ceux qui évoquent directement l’expérience impériale et ceux qui ne paraissent par concerné par elle a priori. »]
C’est en ce sens que les perspectives postcoloniales favorisent un renouveau des méthodes conventionnelles de lecture et d’interprétation des textes.
Or, à l’exception des départements d’études anglaises et américaines, ces approches sont encore peu développées en France. Les justifications d’une étude postcoloniale ne manquent pourtant pas.
L'importance
du fait colonial pour les contemporains est indéniable. Comme
le souligne Bouda Etemad
:
"Le
fait colonial est, avec la révolution néolithique et la révolution
industrielle, l'une des ruptures majeures de l'histoire de
l'humanité. A l'instar de ces deux révolutions, la colonisation
est un fait massif. De la prise en 1415 de Ceuta --ville nord-africaine
située en face de Gibraltar --par les Portugais engagés dans
une croisade contre l'Islam, à la mainmise par l'Italie fasciste
sur l'Ethiopie à la fin des années 1930, c'est-à-dire de la
première à la dernière manifestation de l'expansion coloniale
européenne, les empires (métropoles et colonies) s'étendent
sur environ 70% des 136 millions de km² des terres émergées
de la planète…"
"Aujourd'hui,
plus de 80% des populations des pays développés (Europe sans
l'ex-URSS, Amérique du Nord, Japon, Afrique du Sud, Australie,
Nouvelle-Zélande) ont un passé colonial, soit comme ex-colonisateurs,
soit en tant qu'ex-colonisés. Quant au tiers-monde, les deux
tiers de ses quatre milliards d'habitants trouveraient dans
leur manuel d'histoire un chapitre au moins consacré à la colonisation."
[9]
Faut-il
aussi revenir sur les débats qui ont eu lieu au Parlement et
dans la société française sur une loi récente, vite abrogée,
concernant les apports de la colonisation ? On voit bien
que la question n'est plus celle de la légitimité des études
postcoloniales, mais plutôt celle de l'étonnante légèreté d'approches
de l'histoire de la littérature qui prétendent ne pas tenir
compte de ces faits.
La critique postcoloniale vise à intégrer le fait colonial, massif et irréfutable, à nos études, pour constituer un savoir inédit permettant de penser les faits littéraires modernes. Il s’agit de rien moins que d’évaluer de manière raisonnée l’héritage culturel et politique du colonialisme dans le monde contemporain. A partir de là, les options des chercheurs du domaine se différencient de telle sorte qu’on ne peut assigner au postcolonialisme l’unité du concept, non plus d’ailleurs qu’on ne saurait le réduire à une stratégie idéologique à l'usage de la bourgeoisie de l'après-Guerre froide. Chaque groupe de chercheurs doit proposer et définir son angle d’approche au sein de ce que Jacqueline Bardolph a justement appelé « un chantier » [10] . L’histoire littéraire postcoloniale, concernant pour l’essentiel la période allant du XVIIIe siècle à nos jours, relève d’une philologie nouvelle s’il est vrai que la philologie a pour vocation de rendre des oeuvres remarquables à la conscience des contemporains. Dans le cas des littératures europhones, l’éloignement que peut ressentir un lecteur occidental à l’égard des oeuvres n’est pas le produit de l’écoulement du temps mais de la distance géographique et culturelle.
Dans
un premier temps, la critique postcoloniale s’intéresse aux
littératures occidentales.
II.
L’EMPIRE DE L’IMAGINATION
La
critique postcoloniale ne saurait être séparée de l’histoire
de la colonisation européenne du monde menée à l’aube des temps
modernes. Cette entreprise coloniale se caractérise par des
conquêtes militaires, le déplacement sans précédent d'êtres
humains, la recherche internationale du profit et un immense
réseau de communications, mais elle est en outre représentée
par une masse de textes, de périodiques en tous genres, de fictions
et récits de voyages. Pour une part notable, l'empire vaut comme
pratique textuelle. L'administrateur colonial rédigeant son
rapport, les journaux et les comptes rendus sur les affaires
impériales, le déchiffrement des archives autochtones en vue
de pénétrer la 'mentalité indigène', les traités politiques,
les journaux intimes, les lois, décrets, bilans administratifs,
le courrier officiel ou privé, tous ces écrits, chacun à sa
façon, indiquent que le texte est le véhicule, le signe et le
narrateur de l'autorité impériale. Il s'agit d'un ensemble,
certes hétérogène, dont la vocation est de déchiffrer des espaces
étrangers et qui transfère à cet effet des métaphores, des concepts,
des notions familiers dans des contextes déstabilisants parce
que différents. L'étrangeté des pays colonisés est ainsi rendue
accessible par l'usage de conventions d'écriture à la fois rhétoriques,
syntaxiques et formelles.
Les
oeuvres littéraires appartiennent à cet ensemble textuel cherchant
à interpréter les autres cultures en offrant au lecteur de la
métropole un équivalent narratif de l'exploration. Tout comme,
en un sens, les expéditions coloniales sont des exercices de
lecture et d'interprétation, travaillant par métonymie (la nouveauté
est toujours associée au familier pour être en quelque sorte
acclimatée). Les oeuvres 'exotiques' prolongent ces interprétations
dans l'ordre symbolique. Si l’on étudie les romans européens
du XIXème siècle selon ce point de vue, on peut mettre en évidence
les grands éléments d'une imagerie coloniale voire colonialiste
dans le roman de l'ère victorienne ou dans les récits exotiques
français du romantisme jusqu'au tournant du siècle. Ces mythes
justifiant la conquête impériale se retrouvent dans des oeuvres
qui exaltent l'aventure en terre étrangère, récits d'explorations
(de Livingstone ou Stanley à Savorgnan de Brazza), romans destinés
à la jeunesse (de George Alfred Henty ou du Capitaine Marryat
à Jules Verne) ou à un public adulte (de Rudyard Kipling ou
Rider Haggard à Pierre Loti). De même, la résistance à l'empire
et à son idéologie s'exprime dans maints textes (de Joseph Conrad
à Victor Segalen). L'imagination narrative a ainsi forgé ses
propres images et mythes de la domination impériale.
Edouard Saïd
proposait d’ « intégrer l’impérialisme
aux études littéraires modernes »
[11]
. Il remarquait que la littérature comparée,
dans sa grande tradition européenne et américaine, a été dominée
jusqu’au début des années 70, par des philologues d’une telle
culture et d’une telle trempe qu’à côté d’eux, écrit Francis Fergusson
dans une étude sur Mimésis d’Auerbach, « nos
‘chercheurs’ les plus minutieux, les plus intimement convaincus
de leur rigueur et de leur exhaustivité, [paraissent] timorés
et brouillons »
[12]
. Ce comparatisme, héritier d’une longue tradition
humaniste, étudiait l’interaction entre toutes les littératures,
mais « du point de vue épistémologique, il s’agissait d’un
ensemble hiérarchisé : l’Europe et ses littératures chrétiennes
romanes étaient au centre et au sommet. »
[13]
Cette idée de « littérature mondiale »,
parfaitement incarnée par Mimésis, était
« en parfait accord avec la théorie qu’élaboraient parallèlement les spécialistes de la géographie coloniale. Dans leurs écrits, Halford Mackinder, George Chisolm, Georges Hardy, Leroy-Beaulieu et Lucien Febvre portent sur l’ordre du monde une appréciation qui, si elle est beaucoup plus franche, est tout aussi impériale et centrée sur les métropoles. » [14]
Pour
nous, conclut Saïd, « un siècle plus tard, la coïncidence
ou la ressemblance de ces deux visions de l’ordre du monde, celle
de la géographie et celle de l’histoire littéraire, paraît intéressante
mais plus problématique. Qu’allons-nous faire de cette similitude ? »
[15]
Il
propose ainsi d’articuler les deux termes, empire et littérature,
et de rendre vie à leur relation. Selon lui, le travail théorique
doit « commencer à formuler la relation entre l’empire et
la culture », ouvrant à une histoire gigantesque dont son
ouvrage, L’Orientalisme (Paris : Seuil, 1970)
donnait les prémisses de manière sans doute trop systématique.
Homi K.Bhabha a développé une approche plus complexe que celle
de Saïd en insistant sur la notion d’hybridité
[16]
. En tout cas, la vertu du postcolonialisme
est de favoriser « le dialogue entre une critique occidentale
longtemps hégémonique et les œuvres et réflexions provenant des
autres lieux du monde. »
[17]
Deux orientations des recherches comparatistes sont plus particulièrement concernées ici :
--les études d’imagologie,
correspondant au fond à une histoire des idées sur l’altérité
culturelle, par exemple les travaux sur la notion de tiers
monde dans la pensée et les lettres contemporaines
[18]
. Cette étude concerne pleinement la littérature
canonique, relue du point de vue postcolonial. Saïd a montré comment
les héros privilégiés de Jane Austen dans Mansfield Park,
vivent grâce au revenu des plantations esclavagistes et comment
la colonisation tient un rôle important dans le roman
[19]
. On peut relire des romans expérimentaux comme
ceux de Virginia Woolf en les associant à l’expérience de l’Empire
ou relier, comme l’a fait Fredric Jameson, impérialisme et modernisme.
--l’histoire littéraire de l’exotisme occidental : il s’agit de recherches menées sur les représentations littéraires de l’altérité, par exemple sur la « Literature of the Raj » britannique (Kipling, E.M. Forster, Paul Scott…), sur l’exotisme français (Bernardin de Saint-Pierre, Pierre Loti, Victor Segalen…), l’‘orientalisme’ allemand (Max Dauthendey, Hermann Hesse…) ou nord-américain (du « Passage to India » de Walt Whitman aux errances des Beats ou Paul Bowles).
Courant littéraire et artistique, l’exotisme
est encore soupçonné d’être le simple refuge de l’idéalisation
occidentale des civilisations différentes, colorant les mondes
étrangers pour mieux les nier. La critique contemporaine, volontiers
dédaigneuse à son égard, s'est chargée d'instruire le dossier
d'accusation. Soupçonné d'être trop souvent réducteur de la diversité
humaine, de manifester une supériorité indue de l'Europe sur les
autres cultures et d'avoir accompagné parfois avec complaisance
l'extension de l'impérialisme occidental, l'exotisme a été ravalé
au rang de vulgaire placebo de l'étranger. Il est
ainsi devenu pour une critique étroite le genre supposé du blocage
des communications interculturelles, une sorte d'illustration
littéraire naïve du fameux East is East... de Kipling
, se perdant en des confins aussi ensoleillés qu'incertains. Il
est pourtant manifeste que dans les oeuvres les plus remarquables,
tel le West-Östlicher Diwan ("Divan occidental-oriental")
de Goethe
, la littérature exotique devient un genre provocant au sens étymologique du terme : un appel à la parole et à la culture
de l'autre, véritable force d'excarnation
[20]
qui constitue l'une des inspirations
cardinales des lettres européennes.
La littérature exotique cultive ce qu'Aristote appelait le possible extraordinaire : la différence, potentiellement merveilleuse, d'un lieu ou d'une culture réels mais autres. Ainsi, la notion d'exotisme se tient aux confins de l'illusion, de l'expérience et de la pensée, son histoire relève à la fois de l'histoire comparée des littératures et de l'histoire des idées. Son étude s'établit à la croisée des belles lettres et de l'imaginaire social [21] , selon une démarche refusant de dissocier enquête historique et anthropologie de l'imaginaire. Il importe en outre de quitter la dimension simplement nationale pour déterminer une cohérence européenne de la littérature exotique, s'organisant historiquement selon les schèmes successifs du rapport de l'Europe (puis de l'Occident) aux peuples qu'elle colonisa avant qu'ils ne prennent --souvent de force-- leur indépendance. Dans cette Europe du colonialisme d'outre-mer [22] , les transformations structurelles sont le signe et/ou le levier de nouvelles découpes imaginaires que le roman expose et met en question. Ces cadres demandent bien entendu à être précisés par l'examen de la spécificité des rythmes nationaux, mais les grandes structures entourant les évolutions particulières sont à chercher à l'échelle de ce que l'on pourrait presque appeler la culture coloniale européenne. On voit en quel sens la critique postcoloniale peut étudier cette inspiration littéraire.
Pour la période contemporaine, la mondialisation,
remarque le politologue Zaki Laïdi
, « renvoie presque invariablement à deux considérations :
la compression de l’espace dans lequel les hommes vivent et échangent
valeurs et produits, et les implications de cette intensification
des échanges sur leur conscience d’appartenir à un même monde,
que ce « même monde » soit le marché mondial pour les
marchands, l’universel pour les philosophes, ou « l’ordre
mondial » pour les stratèges. »
[23]
L’exotisme, avec la présence obsédante du voyage
dans les médias, les collections éditoriales les plus diverses
et finalement les rayons des librairies qui de plus en plus lui
sont consacrés, est l’inspiration romanesque privilégiée de cette
conscience en formation tout comme les lettres anglophones, francophones,
hispanophones ou lusophones sont l’image et le produit de cette
« compression de l’espace vécu » où coexistent
une pluralité d’écritures dans des langues européennes issues
de sociétés par certains aspects extraordinairement différentes
mais qui s’interpénètrent de manière croissante. Désormais, il
est non seulement rare qu’une œuvre romanesque un peu ambitieuse
ne se confronte à la question du voyage et de la rencontre des
autres cultures
[24]
, mais des écrivains parmi les plus remarquables
de la fin du XXe siècle sont anglophones (Salman Rushdie , Wole Soyinka , Derek Walcott ) ou francophones
(Mohamed Dib , Edouard Glissant , Ahmadou Kourouma ) pour ne citer que quelques exemples dans une floraison récente
qui mériterait d’être étendue aux lettres hispanophones et lusophones
et qui, dans ses développements les plus intéressants, nous permet
d’échapper à la perspective dominante, occidentale, du monde global
pour laisser entendre d’autres voix. Par la vitalité et la nouveauté
de leurs formes actuelles, les domaines de l’exotisme et des littératures
europhones s’affirment comme des lieux de transformations des
lettres contemporaines ouvrant des champs de recherches où peuvent
se renouveler nos conceptions de la littérature et de son historiographie.
Les termes d’exotisme et de francophonie (ou anglophonie) ont été systématiquement opposés par une critique réduisant l’un à une série indéfinie de clichés ensoleillés ou barbares et les secondes à la prise de parole authentique, vierge de toute influence, d’hommes naguère victimes de la domination politique et symbolique venue de l’Europe [25] . La belle préface de Jean-Paul Sartre à l’Anthologie de la poésie nègre et malgache (1948) de Léopold Sédar Senghor, « Orphée noir », est fondée sur l’antithèse d’un regard et d’un discours blancs appartenant au passé et d’une poésie noire qui est désormais « la seule grande poésie révolutionnaire » [26] . Il n’est pas question de nier la générosité et l’utilité de ce point de vue à une époque où bien peu de lecteurs s’intéressaient aux lettres du Sud. Ces conceptions trouvent cependant leurs limites dans le fait que la littérature exotique et les littératures d’expression française constituent bien plutôt des modes complémentaires des relations entre les cultures et qu’à ce titre elles sont entrées depuis toujours en dialogue, fût-ce sous la forme de l’affrontement, de la polémique ou de la parodie. Les lettres francophones, y compris les plus rétives au colonialisme et à l’influence de l’Occident, se jouent sur le fond d’un « hypotexte » colonial et/ou exotique, selon le terme emprunté à Gérard Genette par Jànos Riesz , qu’il est nécessaire de connaître et d’étudier si on veut mesurer leur originalité et la singularité des options créatrices engagées [27] . Ce dialogue s’est poursuivi jusqu’à nos jours. Que l’on songe à un Tahar Ben Jelloun ou à un Amin Maalouf jouant des clichés orientalistes, à un Patrick Chamoiseau ou à un Raphaël Confiant établissant des rapports d’ironie avec les stéréotypes de l’exotisme antillais. Bien des auteurs francophones ruinent la trop évidente séparation entre un espace de reproduction des idéalisations européennes de l’ailleurs et un lieu de création affranchi de toute influence « exotisante ». Certes, l’étude des rapports entre exotisme et littératures d’expression française suppose une conception plus large qu’à l’habitude de ce courant littéraire. Afin de ne pas réduire la francophonie littéraire extra-européenne à l’épiphénomène pittoresque d’une culture française dominante, j’entends par exotisme la totalité de la dette contractée par l'Europe littéraire à l'égard des autres cultures, l’usage esthétique de ce qui appartient à une civilisation différente [28] , étudié dans ses deux dimensions, non seulement selon sa logique imaginaire propre, peu soucieuse, en dépit des apparences, des civilisations différentes sinon pour les ramener à une interrogation centrée sur l’Occident, mais aussi dans son ouverture à celles-ci laissant entendre une parole autre ou faisant le constat de cette irréductibilité éternelle qui fascinait Victor Segalen .
III. LES LITTERATURES POSTCOLONIALES
Le
questionnement postcolonial trouve son origine dans les années
soixante, lorsque beaucoup d’immigrants venant de pays naguère
colonisés sont entrés dans les universités et les collèges américains
et britanniques et ont commencé à formuler des interrogations
liées à leur histoire. Leur prise de parole ainsi que l’émergence
de littératures venues de ces pays ont attiré l’attention des
universitaires sur l’actualité géopolitique de la littérature.
Les études postcoloniales vont s’efforcer de rendre justice aux
conditions de production et aux contextes socio-culturels dans
lesquels s’ancrent ces littératures. Elles évitent ainsi de les
traiter comme de simples extensions de la littérature européenne
qui n’auraient pas à être situées pour être comprises.
La
critique postcoloniale s’est d’abord concentrée sur les littératures
issues des deux plus grands empires coloniaux européens au tournant
du XIXe siècle, anglophones et francophones, puis aux lettres
lusophones (en Afrique) et aux littératures relevant de dynamiques
coloniales antérieures, hispanophones et lusophones d’Amérique
latine
[29]
. A vrai dire, les lettres anglophones ont été
beaucoup plus étudiées en raison des origines anglo-saxonnes du
postcolonialisme, mais la tendance actuelle est d’élargir ces
études aux autres littératures europhones. L’exemple des littératures
francophones, mieux connues des comparatistes français, me permettra
ici de préciser quelques développements assez similaires d’un
champ de recherches à l’autre.
L’EXEMPLE
DES ETUDES POSTCOLONIALES FRANCOPHONES
Les
études postcoloniales s’intéressent à la « francophonie d’implantation ».
La linguistique historique, définissant deux vagues d'implantation
du français et envisageant la diversité des données sociolinguistiques,
permet ainsi d'aboutir à une typologie synchronique de la situation
de la langue française aujourd'hui qui prend en compte le fait
colonial
[30]
. Ce corpus littéraire postcolonial, correspondant
à l’ensemble des littératures d’expression française issues de
l’expansion coloniale (donc produites hors d’Europe), rassemble
des œuvres très différentes aux plans historique, géographique,
linguistique ou sociologique. C’est pourquoi les catégories générales
qu'il dessine doivent être complétées et précisées.
Les études postcoloniales procèdent d'une attention à la dimension pragmatique de la littérature : l'intérêt pour le processus d'énonciation, pour les données situationnelles qui composent l'univers de discours des œuvres. Elles partent d'une donnée situationnelle aux conséquences innombrables : une large partie des lettres francophones relèvent de dynamiques historiques coloniales dont les effets présents (des frontières des Etats africains jusqu'au partage actuel des richesses mondiales en passant par les éléments du prestige littéraire et l'organisation du marché de la littérature) sont tout sauf anodins. L'attention à cette situation, à la fois massive et diffuse mais qui concerne les dispositions lectoriales, les usages des codes littéraires et langagiers ainsi que les modes mêmes de représentations du réel, définit tant un ordre de priorité dans les études que la pratique de celles-ci. Elle peut dans un second temps, permettre de forger d'autres outils, adaptés à un âge non seulement post-colonial mais global.
La critique postcoloniale développe un sens politique de la pratique
littéraire un peu perdu par les études littéraires françaises.
Si comme l'observait Italo Calvino, il y a souvent eu des façons
erronées de considérer l'utilité politique de la littérature,
on peut aussi distinguer deux bonnes manières d'en user politiquement
: soit elle donne une voix à qui n'en a pas, donne un nom à qui
n'a pas de nom, et spécialement à ce que le langage politique
cherche à exclure (on peut penser à des auteurs tels Sembène Ousmane
ou Mongo Beti); soit elle est capable d'imposer des modèles de
langage, de vision, d'imagination, de travail mental, de mise
en relation des données, créant "ce type de modèles-valeurs
qui sont en même temps esthétiques et éthiques, et essentiels
pour tout projet d'action, spécialement politique"
[31]
(la vision du monde colonial qu'a donnée Frantz
Fanon, l'image des indépendances africaines que propose Ahmadou
Kourouma).
L’intérêt pour la pragmatique suppose une attention aux lettres francophones en tant que signes et produits de la globalisation. La perspective prend dès lors en compte les conditions changeantes de l'époque où sont nées puis se sont affirmées ces littératures. On peut ainsi observer, avec l'anthropologue Arjun Appadurai, que la délocalisation est l'une des dynamiques du monde global, tant pour ce qui regarde les Immigrés (Mexicains aux Etats-Unis, Turcs en Allemagne, Maghrébins et Africains en France…) que les exilés (souvent politiques) ou les voyageurs (des professionnels --employés, fonctionnaires internationaux, universitaires-- aux touristes). La littérature en reçoit nombre de ses thèmes et formes qu’il reste à étudier. Par ailleurs, les médias de masse présentent un ensemble de représentations des cultures du monde, à travers lesquelles nous sont livrés des stéréotypes globaux, chargés de résumer de manière emblématique les diverses modalités culturelles. Internet, la télévision et les médias nous transforment en voyageurs globaux consommateurs de clichés. Il semble que ce soit aussi la tâche de la littérature, singulièrement des lettres europhones, de réagir à ceux-ci ou au moins d’en déjouer les faux-semblants.
-- une perspective historique : la formation d'une histoire littéraire transnationale, distincte de l'histoire littéraire centrée sur le canon national, orientée vers une production littéraire internationale écrite dans une langue mais selon des modalités pluri-culturelles.
--Une perspective
interculturelle: le caractère hybride de nos sociétés prend tant de formes qu’il est difficile d’indiquer
plus que quelques pistes explorées par les littératures (et
la critique) postcoloniales : négociations entre le monde religieux
du Sud et le monde athée du Nord, entre les mythologies (extrême-)
orientales, africaines ou américaines et les mythologies occidentales,
entre la sophistication technologique et les techniques traditionnelles,
entre la citoyenneté française et l’espace extérieur à la France
pour les Antillais et les Réunionnais (ces Français qui sont « dedans »
tout en étant « dehors »), entre la culture francophone
et le lieu américain pour les Québécois. L’étude des littératures de la diaspora trouve ici son lieu
d’exercice.
--Une
poétique : elle pourrait consister dans l'analyse
de la situation d'énonciation présupposée par l'œuvre: l'image
que l'œuvre francophone donne de sa situation d'énonciation (le
dispositif textuel que Dominique Maingueneau a baptisé scénographie).
Les œuvres s’inscrivent dans une situation d’énonciation où coexistent
des univers symboliques divers dont l’un a d’abord été imposé
et a reçu le statut de modèle (ou contre lequel on s'affirme :
Québec). Dans cette situation de coexistence, la construction
par l’œuvre de son propre contexte énonciatif est à la fois plus
complexe et plus importante que dans une situation de monolinguisme
relatif (par exemple, en France). A partir de cette situation
d’énonciation présupposée par l’œuvre se développent certaines
options formelles. C’est la description et l’étude de celles-ci
ainsi que de leurs régularités qui permet de parler de poétiques
postcoloniales
[33]
.
Les analyses de l'ethos (entendu comme image que l'orateur/l'auteur donne de soi dans son discours) menées dans le domaine des Cultural Studies ressortissent à cette dimension de l'étude. Dans Ethos: New Essays in Rhetorical and Critical Theory [34] , J.S. et T.F. Baumlin explorent les différentes conceptions rhétoriques de l'ethos et tentent de les repenser dans un cadre contemporain. Ils montrent notamment comment ont peut construire un ethos discursif qui contribue à constituer une parole de femme ou encore de "subalterne" indissociable d'un positionnement politico-éthique [35] .
Cette construction de l'ethos et de la scénographie ne peut être séparée d'une étude institutionnelle de la francophonie, organisant certaines régularités de la production francophone selon des stratégies d'agents engagés dans un "système" littéraire (on songe aux romanciers d'expression française issus d'espaces non francophones, d'Hector Bianciotti à Andréi Makine ou Nancy Huston , étudiés par Véronique Porra [36] ). Pierre Halen a proposé une topologie de l'institution francophone [37] qui fournit un cadre général--certes à préciser-- pour rapporter l'ethos d'une œuvre à ses déterminations institutionnelles [38] .
--la prise en compte de la conscience linguistique (Harald Weinrich) ou du sentiment de la langue (Henri Meschonnic), cardinaux pour un auteur qui écrit dans un contexte manifestement plurilingue [39] . Ces littératures de l'intranquillité quant à la langue (Lise Gauvin) posent avec une acuité particulière le problème des tensions entre les langues et entre les univers symboliques. Elles sont le lieu de conflits, de refus et d'ententes, de compromis, par lesquels sont déterminés des modes d'insertion de chacune des langues, de chacun des univers symboliques dans l'espace mental commun en formation.
Soulignons pour terminer que les études
postcoloniales francophones constituent un champ de recherches
en expansion, comme en témoignent la fondation de la société britannique Society for Francophone Postcolonial Studies en
2003
[40]
et l’ouvrage collectif novateur publié par
Charles Forsdick et David Murphy, Francophone Postcolonial
Studies. A Critical Introduction (Oxford U.P., 2003).
IV. PERSPECTIVES
Les tâches futures du postcolonialisme
se mesurent mieux lorsqu’on se réfère au comparatisme. Comme le
remarquaient les responsables de la Society for Francophone
Postcolonial Studies dans l’appel à communications
de leur congrès intitulé « Postcolonialisme : le nouveau
comparatisme ? », les promesses comparatistes du postcolonialisme
n’ont pas été tenues
[41]
. Elles restent à honorer car comparatisme
et postcolonialisme privilégient une approche transnationale,
souvent transculturelle et transdisciplinaire. Pour penser cette
diversité, il me semble que nous ayons besoin d’aborder deux problèmes
naguère évoqués par Anna Balakian à propos du comparatisme
: élaborer les éléments d’une histoire littéraire comparée et
rechercher un langage critique commun
[42]
.
1.L’histoire littéraire comparée : on sait qu’en 1967, à l’initiative de Jacques Voisine, a été lancé le programme d’une Histoire comparée des littératures de langues européennes, patronné par l’A.I.L.C.. Il a été partiellement réalisé depuis grâce à de nombreuses publications, de trois types distincts : la première perspective méthodologique était celle, classique, d’une histoire des périodes, de l’aube des temps modernes jusqu’aux Lumières. Mais à partir de là, les options se sont diversifiées en une histoire des mouvements littéraires (du type symbolisme ou expressionnisme) et une histoire des régions (du type Afrique sub-saharienne ou Caraïbes). Cette historiographie vient toujours en complément des histoires littéraires nationales (la perspective associant littérature et nation reste centrale) mais répond à une étude plus large qui pose une série de problèmes :
--la difficulté d’aborder un mouvement dans un contexte transnational (le naturalisme par exemple) et de penser l’histoire littéraire au niveau mondial. Comme l’a observé Franco Moretti, « l’énormité de la tâche montre que la littérature mondiale ne peut être considérée comme de la littérature en plus grand, c'est-à-dire comme l’extension de ce que nous étudions déjà : elle doit être différente. Les catégories doivent être différentes. » [43] Il prend l’exemple de la vague de diffusion du roman moderne à l’échelle mondiale, entre 1750 et 1950, et prône une étude de « distant reading », la microlecture étant en l’occurrence impossible. On peut ainsi analyser les variantes du compromis que toute littérature locale doit faire avec une forme dominante importée.
--l’approche de littératures extra-européennes aux critères historiques et symboliques différents de l’Europe. Comme l’a remarqué A.Paolucci, les méthodes comparatistes doivent alors s’adapter :
“the sophistication and long discipline of the European core literatures cannot be expected in literatures and cultures that range from highly-developed Sanskrit in India to Aboriginal and Maori oral legends in Australia and New Zealand.” [44]
[la sophistication et la longue discipline propres à l’approche des grandes littératures européennes ne peuvent être exigées de littératures et de cultures qui vont du sanscrit indien, hautement élaboré, aux légendes orales des Aborigènes australiens et des Maoris néo-zélandais. ]
Le postcolonialisme a le mérite de proposer une perspective qui, sans être universelle, permet de rapprocher un certain nombre de ces littératures et de penser leurs éléments communs. Dans le cadre de l’histoire comparatiste, les réalisations les plus proches d’une histoire postcoloniale (sans s’y insérer entièrement) sont les ouvrages dirigés par Albert Gérard (European-language Writing in Sub-saharan Africa, A.I.L.C., « Histoire comparée des littératures en langues européennes », deux volumes) et par A.James Arnold (A History of Literature in the Caribbean, même série, trois volumes). Chaque fois, il s’agissait de travailler selon un format de « cluster literatures » (Paolucci) où des tendances et des caractéristiques culturelles communes permettent l’examen d’un corpus littéraire. La tâche s’est déroulée en liaison avec les instituts spécialistes de la région concernée qui assuraient la dimension « verticale » de l’étude. Cette collaboration entre les comparatistes et les spécialistes régionaux autorise une historiographie comparatiste.
L’un des développements les plus intéressants,
à l’évidence comparatiste, des études postcoloniales est l’histoire
comparée des littératures : soit l’analyse comparée des littératures exotiques anglaises, françaises,
néerlandaises, espagnoles et portugaises
[45]
; soit l’étude des relations entre les
diverses littératures postcoloniales (relations entre la Négritude
française et les écrivains africains anglophones ou lusophones ;
relations entre les Caraïbes et l’Afrique, emblématisée dans
le domaine littéraire français par le trio Césaire-Damas-Senghor,
relations entre les littératures d’une même région, par exemple,
entre les Caraïbes anglophones, francophones, hispanophones
et néerlandophones).
Cette partie des lettres exotiques qu’on appelle
« littérature coloniale » est ici pleinement concernée.
La catégorie de littérature coloniale, appliquée à des récits
provenant par définition de tous horizons et qui s'organisent
selon des paliers chronologiques variables pose souvent plus de
problèmes qu'elle n'en résout. Cependant, dans l'entre-deux-guerres,
théoriciens et critiques littéraires ont essayé de dégager des
lignes de force et de tirer quelques enseignements de l'évolution
récente de ces lettres. Pour l'essentiel, ils prenaient l'expression
'littérature coloniale' dans le sens où l'entendent des critiques
contemporains tels Jànos Riesz
et Hugh Ridley
[46]
: littérature du colonat, choisissant la conquête
et la domination européenne comme sujet
[47]
. Outre cette origine et cette thématique générale,
trois traits la caractérisent : 1/ un critère stylistique, le
'réalisme' (elle se veut la peinture de la réalité de simples
personnages vivant la situation coloniale; elle ouvre ainsi plus
souvent à la vie quotidienne qu'aux actions d'éclat); 2/un critère
idéologique, l'approbation assez forte de la colonisation, allant
du nationalisme à la nostalgie de qui est revenu en métropole;
3/un critère structurel : une souplesse formelle qui assure diversité
voire hétérogénéité littéraires (les chefs d'oeuvre de Kipling
coexistent dans cette catégorie avec les ouvrages de l’Allemand
Hans Grimm
ou du Français Louis Bertrand
). Ces éléments se formulent en termes de tendances, il ne s'agit
ni d'un bloc idéologique monolithique ni d'un ensemble esthétique
extrêmement cohérent, mais la littérature coloniale se situe au
niveau politique de l'exotisme. Dans la mesure où la condition
coloniale peut être définie comme "une précarité qui s'éternise"
[48]
, la tentation guettant l'écrivain colonial
est d'ordre idéologique : son oeuvre vise à l'éternisation en
nature d'une construction sociale menacée. La critique postcoloniale
va s’intéresser aux significations idéologiques des structures
narratives dans les diverses traditions nationales.
2. Un langage critique commun : l’étude comparatiste comme l’étude postcoloniale sont confrontées à deux éléments caractéristiques de l’époque :
--le fait que souvent des travaux s’ignorent parce qu’ils relèvent de disciplines différentes (histoire culturelle, sociologie, histoire des idées, anthropologie…)».
Ajoutons que par l’accent
placé sur une histoire séculaire d’oppression et de conquête,
d’impérialisme et d’hégémonie, le postcolonialisme rencontre d’autres
champs de recherches, notamment les études afro-américaines, les
études féminines
[49]
et les études culturelles. Se développent ainsi
une série d’approches transdisciplinaires recherchant les interfaces
des différentes disciplines
[50]
et visant à renouveler les études littéraires
traditionnelles. Les relations entre littérature et anthropologie
prennent ici toute leur importance, comme en témoignent notamment
les travaux d’Arjun Appadurai dans le cadre des Etats-Unis.
Arjun
Appadurai : Après le colonialisme. Les conséquences culturelles
de la globalisation, Paris : Payot et Rivages,
2001
Bill
Ashcroft, Gareth Griffiths, Helen Tiffin : The Empire Writes
Back. Theory and Practice in Post-Colonial Literatures,
London/New York: Routledge, 1989
Jacqueline
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Paris : Honoré Champion, 2002
Homi
K.Bhabha : The Location of Culture, Londres :
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Elleke
Boehmer: Colonial and Postcolonial Literature,
Oxford U.P., 1995
Jean Bessière, J.M.Moura (Eds) : Littératures postcoloniales et francophonie, Paris : Champion, 2001
Lieven
D’Hulst, J.M.Moura (Eds) : Les Etudes littéraires francophones :
état des lieux, Lille : UL3, 2003
Interfaces caribéennes/Caribbean Interfaces, Amsterdam : Rodopi, 2006
Charles
Forsdick, David Murphy (Eds): Francophone Postcolonial Studies.
A Critical Introduction, Londres: Arnold, 2003
Lise
Gauvin: La Fabrique de la langue, Paris : Seuil,
2004
Alec
G. Hargreaves, Mark Mc Kinney (Eds.): Post-colonial Cultures
in France, London and New York: Routledge, 1997
Françoise
Lionnet: Postcolonial Representations. Women, Literature,
Identity, Ithaca: Cornell U.P., 1995
John
Mc Leod: Beginning Postcolonialism, Manchester
U.P., 2000
Jean-Marc
Moura : La Littérature des lointains. Histoire de l’exotisme
européen au XXe siècle, Paris : Champion, 1998
Littératures
francophones et théorie postcoloniale, Paris : Presses
Universitaires de France, 1999
Exotisme
et lettres francophones, Paris : P.U.F., 2003
Edward Saïd : Culture et impérialisme, Paris:
Fayard/Le Monde diplomatique, 2000
Gayatri Spivak: The Post-Colonial Critic. Interviews, Strategies,
Dialogues, Londres: Routledge, 1990
Robert J.C.Young: Postcolonialism. A Very Short Introduction, Oxford U.P., 2003
REVUES:
Interventions : The International Journal of Postcolonial Studies (n°1 : 1998-99)
Francophone Postcolonial Studies (n°1, 2003)
[1]
François Cusset : French Theory, Paris : La Découverte, 2003.
[2]
P.Sloterdijk
: La Mobilisation infinie. Vers une critique de la cinétique politique,
Paris: C.Bourgois, 2000, pp.271-272.
[3]
H.Meschonnic
: Politique du rythme, Paris: Verdier, 1995, p. 545.
[4]
S.Slemon: "The Scramble for
Post-colonialism", in C.Tiffin, A.Lawson (Eds): De-scribing
Empire. Postcolonialism and Textuality,
Londres: Routledge, 1994, pp.16-17.
[5]
Le plus souvent d'ailleurs pour lui reprocher ses carences en ce domaine: soit
qu'elles fassent de la théorie postcoloniale un symptôme de
la domination nouvelle baptisée "empire" (Michael
Hardt, Antonio Negri: Empire, Harvard U.P., 2000),
soit qu'elles voient celle-ci comme la servante du capitalisme
contemporain et considèrent les théoriciens postcoloniaux
comme une "comprador intelligentsia" (Arif Dirlik: The Postcolonial Aura: Third World Criticism in the Age
of Global Capitalism, Boulder: Westview Press, 1997),
soit enfin qu'elles en fassent la "logique culturelle"
de notre modernité (Epifanio San Juan Jr: Beyond Postcolonial
Theory, Londres: Macmillan Press Ltd, 1998).
[6]
Du type "German Studies",
"Asian Studies"…
[7]
In Francophone Postcolonial Studies,
1-2, p.7 sqq.
[8]
John Mc Leod: Beginning Postcolonialism,
Manchester University Press, 2000, p.33.
[9]
B.Etemad
: La Possession du monde. Poids et mesures de la colonisation, Bruxelles:
Complexes, 2000, p.13.
[10]
J.Bardolph
: Etudes postcoloniales et littérature, Paris : Champion
, 2001, p.59.
[11]
E.Saïd : Culture et impérialisme, Paris : Fayard, 2000.
[12]
Ibid., p.88.
[13]
Ibid., p.90.
[14]
Ibid., p.92-93.
[15]
Ibid., p.93.
[16] H.K.Bhabha : The Location of Culture, Londres : Routledge, 1994. Par ailleurs, Jànos Riesz a proposé des analyses précises de l'investissement colonialiste des lettres d'Europe ("Zehn Thesen zum Verhältnis von Kolonialismus und Literatur », in W.Bader , J.Riesz (Eds.): Literatur und Kolonialismus I, Francfort/M.: Bayreuther Beiträge zur Literaturwissenschaft, 1983, pp.9-26. J.Riesz: Französisch in Afrika. Herrschaft durch Sprache, Franfort/M. : IKO Verlag, 1998). Il a également marqué les continuités lettres coloniales-lettres post-coloniales (Koloniale Mythen-Afrikanische Antworten. Europäisch-afrikanische Literaturbeziehungen 1, Frankfurt/M.: Iko-Verlag, 1993; "Littérature coloniale et littérature africaine: hypotexte et hypertexte", in P.Halen , R.Fonkoua (Eds): Les Champs littéraires africains, Paris: Karthala, 2000). Comme l’écrit G.Spivak : « It should not be possible to read nineteenth-century British literature without remembering that imperialism, understood as England’s social mission, was a crucial part of the cultural representation of England to the English » (« Three Women’s Texts and a Critique of Imperialism », Critical Inquiry(XII, i), Autumn 1985, p.243).
[17]
Jacqueline Bardolph : op.cit., p.12.
[18]
J.M.Moura : L’Image du tiers monde dans le roman français contemporain,
Paris : P.U.F., 1992 ; Maurizio Segura : La
Faucille et le condor. Le discours français sur l’Amérique
latine (1950-1985), Presses de l’Université de Montréal,
2005. Sur les études d’imagologie, cf. J.M.Moura : L’Europe
littéraire et l’ailleurs, Paris : P.U.F., 1998.
[19] Sur l’interprétation de la thèse de Saïd, cf. Franco Moretti : Atlas du roman européen, Paris : Seuil, 2000, p.19 sqq.
[20]
On pourrait même s'étonner avec Henri
Michaux qu'il existât d'autres littératures qu'exotique, car
enfin, "Comment écrirait-on sur un pays où l'on a vécu
trente ans, liés à l'ennui, à la contradiction, aux soucis
étroits, aux défaites, au train-train quotidien, et sur lequel
on ne sait plus rien?" (Un Barbare en Asie (1933), Gallimard, 1967, p.99).
[21]
A l'instar de travaux tels ceux de
M.Green : Dreams of Adventure, Deeds of Empire, New York : Basic Books Inc., 1979), de G.Tomasello (La
Letteratura coloniale italiana dalle avanguardie al fascismo,
Palerme : Sellerio, 1984),de L.Litvak (El Sendero del Tigre.
Exotismo en la literatura española del siglo XIX. 1880-1913,
Madrid : Taurus, 1986), de P.Halen (Le Petit Belge avait
vu grand, Bruxelles : Labor, 1993). Certaines de
ces études ignorent d'ailleurs parfois superbement le problème
de l'exotisme (Jean Biès : Littérature française et pensée
hindoue, Klincksieck, 1974; Etiemble : L'Europe
chinoise, Gallimard, 1988 et 1989) tout en étant
très précieuses pour l'analyse de celui-ci.
[22]
Un panorama synthétique de cette
histoire est donné par M.Ferro : Histoire des colonisations,
Seuil, 1994.
[23]
Z.Laïdi (sous la dir. de) : Le Temps
mondial, Bruxelles : Complexes, 1997, p.15.
[24]
De Jean-Marie Le Clézio à Michel Houellebecq (Plateforme : Paris :
Flammarion, 2001).
[25]
Cf. par exemple le chapitre I (la partie intitulée « Fonctions et limites
de l’exotisme ») du manuel Littérature nègre de
Jacques Chevrier (A.Colin, 1984, pp.20-22).
[26]
J.P.Sartre : « Orphée noir », Situations, III, « Lendemains de guerre »,
Gallimard : 1949, p.233.
[27]
Comme l’observe J.Riesz , qui prend l’exemple de Climbié de Bernard Dadié : « on ne comprend pas toute
les richesses du réseau intertextuel des ouvrages africains
quand on n’a pas la moindre idée de cette toile de fond qu’est
la littérature coloniale, au moins pour les auteurs africains
de la première et deuxième générations. » (« Littérature
coloniale et littérature africaine : hypotexte et hypertexte »,
R.Fonkoua , P.Halen , K.Städtler (Eds) : Les Champs littéraires africains, Karthala,
2001, p.133).
[28]
Pour les conséquences qu’engage cette conception « large » du phénomène,
cf. J.M.Moura : La Littérature des lointains. Histoire
de l’exotisme européen au XXe siècle, Champion, 1998,
particulièrement la première partie.
[29]
Elle s’intéresse également à des littératures dont les auteurs sont peu nombreux,
en raison d’une base démographique réduite de la communauté
linguistique, hispanophone africaine (Guinée équatoriale)
et néerlandophone caribéenne.
[30]
Cf. J.M.Moura : Littératures francophones et théorie postcoloniale,
P.U.F., 1999, p.35 sqq.
[31]
I.Calvino: La Machine littérature, Seuil, 1984, p.82.
[32]
Cf. Lieven D’Hulst, J.M.Moura (Eds) : Les Etudes littéraires francophones :
état des lieux, Lille : UL3, 2000.
[33]
Cf. J.M.Moura : Littératures francophones et théorie postcoloniale,
op.cit.
[34] Dallas: Southern Methodist U.P., 1994.
[35]
Cf. Ruth Amossy (sous la dir. de) : Images de soi dans le discours.
La construction de l’ethos, Lausanne :
Delachaux et Niestlé, 1999. Sur la recherche (et ses difficultés)
des éléments d’un ethos régional, voir pour le Maghreb, Expressions maghrébines, « Qu’est-ce qu’un auteur
maghrébin ? », vol.1, n°1, été 2002.
[36]
V.Porra : "Langue française, langue d'adoption". Discours et positionnement
des romanciers d'expression française originaires d'espaces
non francophones dans le champ littéraire français (1945-2000),
Habilitationschrift vorgelegt an der Sprach- und Literaturwissenschaft
Fakultät der Universität Bayreuth, 2000, dact. Cf. aussi :
« Quand les ‘passeurs de langue’ deviennent ‘passeurs
de culture’. Intégration des auteurs étrangers originaires
d’espaces non francophones en France », R.Dion
, H.J.Lüsebrink
, J.Riesz
(Eds) : Ecrire en langue étrangère. Interférences de
langues et de cultures dans le monde francophone, IKO-Verlag,
2002, pp.129-151.
[37]
P.Halen
: "Notes pour une topologie du système littéraire francophone" in P.S.Diop
, H.J.Lüsebrink
(Eds): Littératures et sociétés
africaines. Mélanges offerts à Jànos Riesz
, Tübingen: Gunter Narr Verlag, 2001. La triple organisation des zones francophones
que propose Halen (p.60 sqq) rencontre en fait la trilogie
des systèmes sociaux avancée par Niklas Luhmann
entre systèmes d'interaction (répondant
à une théorie de l'interaction symboliquement médiatisée),
systèmes d'organisation (répondant à une théorie des organisations)
et systèmes sociétaux (répondant à une théorie de la société),
soit "niveau local", "niveau francophone"
et "niveau mondial" chez Halen. (N.Luhman:
"Interaktion, Organisation, Gesellschaft" in Soziologische
Aufklärung: Aufsätze zur Theorie der Gesellschaft , Westdeutscher Verlag, 1971). L'étude systémique
précise, appelée de ses vœux par Halen, pourrait s'inspirer
des principes de cette sociologie.
[38]
P.Halen décrit justement le processus général lorsqu’il observe que
les écrivains ne travaillent pas pour exprimer une identité
mais pour obtenir une reconnaissance institutionnelle. « Or
s’agissant du système littéraire francophone, il n’est guère
que deux voies pour l’obtenir : celle de l’assimilation,
qui suppose la disparition des marques identitaires étrangères
(cas de Michaux ), ou au contraire celle de la spécification,
qui suppose la production et l’exploitation de marqueurs ad
hoc. » (Ibid., p.66). L’identification des régularités de la production et de
l’exploitation de ces « marqueurs » constitue une
démarche nécessaire pour une poétique des lettres francophones.
[39]
Le débat ne date pas d’hier : dès 1938, le romancier indien Raja Rao avait
théorisé sa pratique de la langue anglaise dans la préface
de Kanthapura, Bombay : New Directions, 1963.
[40]
Il s’agit de l’ex-ASCALF. Cf. la revue Francophone Postcolonial Studies,
publiée à partir de 2003.
[41]
Ainsi dans Les Etudes littéraires francophones : état des lieux (L.D’Hulst, J.M.Moura, op.cit.), une seule contribution aborde
une perspective comparatiste vraiment large, celle de Daniel
Pageaux sur les relations francophonie-hispanophonie-lusophonie.
[42]
A.Balakian : « Literary
Theory and Comparative Literature », in Toward a Theory
of Comparative Literature, I.C.L.A., Congress 1985,
New York : P.Lang, 1990., p.23.
[43]
F.Moretti : “Hypothèses sur la littérature mondiale”, Lausanne: Etudes de
lettres, 2001/2, p.11.
[44]
A.Paolucci : Comparative
Literature Study : New Perspectives, New York : Council
on National Literatures, 1989, p.14.
[45]
Cf. par exemple : Bob Moore
(Ed.) : Colonial Empires Compared. Britain and the
Netherlands, 1750-1850, Londres: Ashgate, 2003. Un séminaire intitulé “Transcolonialim. The Future of Postcolonial Studies from
a Comparative Perspective » a été organisé en octobre
2005, à Wassenaar (Pays-Bas) par Elleke Boehmer et Ieme van
der Poel.
[46]
Respectivement : "Zehn Thesen
zum Verhältnis von Kolonialismus und Literatur", op.cit.;
"Références à la Révolution française et aux Droits de
l'Homme dans la littérature coloniale française.", Französisch
Heute, 3, 1989. H.Ridley : Images of
Imperial Rule, Londres : Saint-Martin Press, 1983.
[47]
P. Halen : "l'ensemble des textes
se rapportant à ce que Balandier a appelé la 'situation coloniale'
et que Jadot appelait déjà le 'conflit colonial'. En sont
exclues les 'polissonneries métropolitaines'(...), les tentatives
'nègres'(...), mais aussi la littérature de voyage au sens
où Jadot la définit." (Le petit Belge avait vu grand, op.cit., p.18).
[48]
A. Calmes : Le Roman colonial
en Algérie avant 1914, L'Harmattan, 1984, p.13.
[49]
Cf. Françoise Lionnet : Postcolonial
Representations. Women, Literature, Identity, Ithaca: Cornell U.P.,
1995.
[50]
Cf. par exemple, Lieven D’Hulst, J.M.Moura (Eds) : Interfaces caribéennes/Caribbean
Interfaces, Amsterdam : Rodopi, 2006.